L'ERP, ensemble rigide ou plate-forme ouverte ?

mai 29, 2015

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Considéré à l'origine comme un "progiciel de gestion intégré", l'ERP a changé de nature avec l'émergence de technologies telles que le cloud et la mobilité : c'est devenu une plate-forme agile, ouverte aux meilleures applications, de toutes provenances. Quel est l'impact sur la facilité d'utilisation, les besoins spécifiques, les méthodes de mise en place ?





Le Club de la Presse Informatique B2B a réuni divers acteurs pour faire le point sur l'évolution des ERP sur le terrain. Ils étaient conviés à débattre sur le thème "Le bonheur serait-il dans l'ERP ? En tout état de cause, rarement sur un petit nuage !" Ils constatent que, si l'ERP est toujours au cœur du SI de l'entreprise, il a perdu sa tendance centralisatrice. "Il ne phagocyte plus les autres applications, note Marc Bousquet, responsable de l'activité SAP chez Accenture. L'ERP est un facilitateur, il est plus agile, il cohabite avec d'autres fonctions en périphérie." Ces fonctions sont souvent disponibles en mode SaaS, ce dont les précurseurs ont beaucoup profité. "Mais certains les abandonnent pour revenir dans l'ERP. Par ailleurs, les éditeurs d'ERP rachètent des solutions SaaS, ce qui revient à tout réintégrer dans l'ERP", remarque Jean-Paul Alibert, président de T-Systems.

Mais si l'ERP est la fondation de la maison, il ne répond pas à tous les besoins de l'entreprise. "Même si nous spécialisons les ERP par industries, nous les complétons par des solutions de supply chain, de PLM, etc.", explique Jean-Roland Brisard, directeur solution consultants chez Infor, le seul éditeur d'ERP de cette table ronde.

Les ERP dans le cloud : vers plus de souplesse


Marc Bousquet


On reproche souvent aux ERP un excès de rigidité, ce que ne conteste pas Marc Bousquet : "avec la tendance à la simplification découlant de la massification, certains processus de base indispensables restent lourds. Pour les améliorer, il y a trois pistes : l'amélioration de l'ergonomie, la gestion de la qualité des données et l'évolution même de l'ERP." Pour ce troisième volet, deux cas se présentent. Si dans des installations existantes on procède par extensions de l'ERP, des contextes plus ambitieux permettent des refontes de processus : cela exige de convaincre les clients de renouveler leurs perspectives. Jean-Paul Alibert est plus direct : "le but est de faire entrer le maximum de fonctions dans l'ERP. Si l'ERP apporte de la rigidité, tant mieux."

Le cloud répond bien aux nécessités des entreprises confrontées à la crise. "L'ERP dans le cloud a démarré aux États-Unis et arrive en Europe, note Jean-Roland Brisard. C'est le moyen de bénéficier des nouvelles technologies avec des coûts variables. Les entreprises veulent à la fois la rapidité d'installation et une adaptation rapide à l'évolution de leurs activités."

La progression du cloud et du mode SaaS ne change pas le besoin d'intégration de multiples applications et donc des services correspondants, mais les équilibres se sont modifiés et le nombre de jours-hommes a tendance à diminuer. Cependant, le paramétrage reste le gros du travail, "d'autant plus qu'en France, les entreprises ajoutent trop de développements spécifiques au progiciel", regrette Jean-Paul Alibert. Les ERP très personnalisés comprenant de nombreux modules spécifiques freinent les évolutions. Pour aider les clients bloqués par ces environnements, les éditeurs réagissent : "nous avons un programme de migration qui pousse à éliminer les spécifiques en faisant entrer le plus possible de fonctions dans le standard. Nous faisons ainsi
bénéficier les clients des nouvelles technologies
", souligne Jean-Roland Brisard.

L'ERP dans le cloud est-il la voie vers une externalisation totale ? Il s'agit plutôt d'une évolution progressive qui comporte de nombreux avantages. Commencée il y a déjà longtemps avec la paie, l'adoption du cloud se fait en fonction des besoins. "Sur les 5 millions d'utilisateurs SAP que nous hébergeons (T-Systems est le plus gros hébergeur SAP au monde), 2 millions le consomment en cloud", note Jean-Paul Alibert. "Sur les 20 projets que j'ai pilotés, la moitié avaient au moins un composant en cloud", confirme Marc Bousquet.


Jean-Roland Brisard


Pour Skander Guetari, architecte d'entreprise au sein de l'entité infrastructure services chez Capgemini, "les fonctions du cloud sont bien intégrées et permettent une utilisation unifiée." point de vue partagé par Jean-Roland Brisard : "nous faisons de l'intégration avec XML. Nous favorisons les couplages lâches, ce qui simplifie les intégrations. Les CloudSuites d'Infor comprennent un ERP, un PLM et un CRM, adaptés à un métier. L'intégration est déjà testée lors de la livraison. Ces solutions offrent la possibilité d'aller plus vite : nous déployons une version standard pour un métier donné en 2 heures."

La multiplication des réseaux entraîne-t-elle des temps de latence importants ? Cette préoccupation a amené certains acteurs majeurs à créer des lignes directes entre eux. "Cela peut être un problème si le back-office et le front-office sont séparés au lieu d'être dans le même LAN, admet Skander Guetari. Mais les télécommunications coûtent de moins en moins cher et ouvrent de nouvelles portes comme les usages mobiles."


Des acteurs variés qui se répartissent les rôles



Jean-Paul Alibert


Le cloud computing change le modèle d'affaires des éditeurs : ceux-ci doivent d'une part fournir une solution complète qui comprend, outre les logiciels, toutes les infrastructures et d'autre part passer d'une commercialisation de licences à une formule d'abonnements avec revenus récurrents. La baisse temporaire du chiffre d'affaires due à cette transition concerne tous les niveaux de l'entreprise, des actionnaires aux commerciaux. Il faut donc rechercher des modèles de financement pour la compenser. "Mais même en mode SaaS, les clients s'engagent comme auparavant dans un ERP pour 3 à 5 ans avec un nombre minimal d'utilisateurs. La nouveauté est qu'on peut facilement faire varier ce nombre", souligne Jean-Paul Alibert.

La maîtrise des aspects techniques et contractuels des offres du cloud devient l'apanage d'acteurs spécialisés qui suivent de près l'évolution des technologies. Les entreprises qui tentent de monter elles-mêmes leur cloud n'y parviennent pas pour des raisons à la fois techniques et organisationnelles. La DSI n'arrivant plus à répondre à leurs besoins, les métiers recourent directement à des solutions SaaS. Mais des problèmes surgissent ultérieurement lorsqu'il faut les intégrer avec l'ERP déjà installé dans l'entreprise. Pour que les clients gardent le contrôle de leurs projets, ils doivent donc se concentrer sur les aspects fonctionnels et s'appuyer sur des acteurs professionnels reconnus.



Skander Guetari


Plutôt que d'entrer en concurrence, les diverses sociétés fournissant les services, infrastructures et logiciels pour le cloud nouent des partenariats. "Les acteurs de la chaîne du cloud sont spécialisés. L'éditeur Infor est hébergé par AWS (Amazon Web Services), T-Systems est exclusivement hébergeur et Accenture est un broker qui met en relation les différents acteurs", note Skander Guetari, ce que confirme Jean-Roland Brisard :"ce n'est pas le métier d'Infor que de faire de l'hébergement. Nous consacrons nos investissements au développement de nos logiciels".

Ces partenariats amènent les acteurs à transformer leur stratégie : "nous négocions avec les éditeurs pour proposer à nos clients des modules indépendants dans le cloud, alors que ceux-ci ne proposaient jusqu'ici que des progiciels complets", se félicite Skander Guetari. La récente disponibilité des bases des données (dont celles d'Oracle) dans le cloud facilite aussi les évolutions. Quant aux entreprises de conseil, qui travaillent avec tout le monde, elles évaluent les diverses solutions en fonction des besoins et du budget de leurs clients, contribuant ainsi à modifier le paysage de l'offre.



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